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À Genève, on se mobilise contre la soumission

L’UDC organisait une conférence-débat mardi 21 avril dans la cité de Calvin. Une septantaine de militants et de curieux ont pu découvrir pourquoi nos libertés démocratiques sont en sursis face à l’Union européenne, et comment y remédier.

« En 2002, date de l’entrée en vigueur de la libre circulation des personnes, on était 7,25 millions de personnes. En 2025, on était 9,15 millions ! » Dès le début de la conférence organisée par l’UDC Genève le 21 avril, la conseillère nationale et vice-présidente du parti Céline Amaudruz a « dit les termes » : oui, la Suisse commence à étouffer, et Genève en particulier. À tel point que traverser la ville en voiture prend parfois plus de temps que de s’y rendre depuis Berne. Comment y remédier ? D’abord, a-t-elle expliqué, en soutenant l’initiative pour la durabilité, qui vise à empêcher une Suisse à 10 millions.

Bétonnage généralisé, pénurie de logements, saturation des routes. Alors que les accords internationaux devaient nous mener vers le paradis sur terre, voilà quelques-uns des cadeaux empoisonnés auxquels fait face dame Helvetia depuis plus de vingt ans. Au bout du lac, la situation prend une tournure spécialement dramatique. Vigneron-encaveur et président de l’UDC cantonale, Lionel Dugerdil a ainsi détaillé les affres de la vie de petit commerçant dans une cité où circuler devient une gageure. « Certains renoncent même à ouvrir un commerce à cause de cela. » Un exemple concret de la Suisse à 10 millions, selon lui.

Les accords de soumission : mère de toutes les batailles

Bien entendu, les membres du parti qui prenaient la parole ont défendu l’initiative visant à préserver une qualité de vie « à la Suisse ». Mais derrière ce projet parfois discuté à droite (lire notre commentaire ci-dessous), une évidence : refuser la soumission avec l’Union européenne reste la mère de toutes les batailles. Président de Pro Suisse, Stephan Dietiker vient d’ailleurs de défendre ce point de vue dans Le Matin Dimanche. Pour lui, un succès de l’initiative « sera un premier clou dans le cercueil du paquet d’accords avec l’UE », qui reste le combat principal de l’organisation.

Mais pourquoi ne pas s’arrimer à un voisin aussi puissant ? Lors de la soirée, Edric Speckert, expert dans le domaine financier, a savamment démonté le mythe : d’abord en rappelant la réelle puissance économique de notre pays, indépendante de sa taille. Ensuite en soulignant qu’accepter les règles d’un voisin qui fait moins bien que nous dans ce domaine, c’est courir à sa propre perte : « Avec la reprise automatique du droit européen, on va reprendre de mauvaises règles économiques et la conséquence est que notre pays perdra sa compétitivité et s’appauvrira. »

Mais n’est-ce pas le prix à payer pour éviter l’isolement ? Modératrice de l’événement, la journaliste et membre du Conseil municipal de la Ville de Genève Lena Rey s’est faite l’avocate du diable avec cette question adressée à Lionel Dugerdil. « La Suisse est tout sauf isolée », a répondu ce dernier, avant d’expliquer concrètement l’impact de ces accords : « Nous vivons dans une démocratie directe où le simple citoyen a plus de prérogatives que les eurodéputés. Aujourd’hui, chez nous, le peuple est souverain. Demain, nous serons traités comme n’importe quel pays, avec des apparatchiks qui décideront à notre place. Est-ce ce que nous voulons ? Simplement dire oui amen et perdre notre pouvoir d’initiative ou de référendum ? »


Commentaire :

Dans la salle, le soutien à l’initiative dite « pour la durabilité » ne faisait guère de doute. Militants et intervenants y voyaient un levier concret pour enrayer une dynamique jugée préoccupante, en particulier dans un canton comme Genève où la pression démographique se fait fortement sentir. Dans des milieux idéologiquement proches, comme la Ligue vaudoise, certaines voix s’élèvent toutefois pour dénoncer un projet qui donnerait trop de pouvoir à Berne au détriment des cantons.

Invité à prendre la parole en tant que journaliste, nous n’avons pas donné de consignes de vote, mais rappelé un point de méthode : si parler d’« initiative du chaos », comme le fait la gauche, relève de la caricature, l’idée d’un plafond chiffré ne saurait à elle seule résumer les enjeux actuels. Qu’on soit favorable ou non au projet, il est sain que le peuple puisse s’exprimer sur une question aussi centrale que la démographie.

Néanmoins, le combat mené par Pro Suisse – et le nôtre – s’inscrit d’abord dans le refus de la reprise automatique du droit européen et dans la défense des instruments de démocratie directe.

Raphaël Pomey