Mesdames et Messieurs,
Quand la guerre revient en Europe, quand les conflits s’étendent au Proche-Orient et quand les grandes puissances demandent à chaque pays de choisir son camp, une question simple se pose :
À quoi la Suisse doit-elle servir ?
Notre pays n’est pas une grande puissance militaire. Sa force est ailleurs : rester indépendant, parler à tous, protéger, accueillir et rouvrir le dialogue lorsque celui-ci paraît devenu impossible.
C’est cela, la neutralité suisse.
Non pas se détourner du monde, mais rester utile au monde.
Je veux le dire clairement aujourd’hui : la neutralité n’est la propriété d’aucun parti. Elle doit être jugée au-delà des appartenances politiques. Elle appartient au peuple suisse.
Cette votation ne doit pas devenir un affrontement entre la droite et la gauche, entre les villes et les campagnes, ou entre les régions linguistiques.
Sur notre bulletin, il ne sera pas demandé à quel parti nous appartenons. Il nous sera demandé quel rôle nous voulons pour la Suisse dans un monde plus fragmenté et plus dangereux.
Comme médecin, j’ai appris une règle simple : on ne demande pas à un blessé de quel camp il vient avant de le soigner.
Cette disponibilité envers tous ne signifie pas que toutes les responsabilités se valent. Elle signifie que, même au cœur d’un conflit, il faut préserver un espace où l’humanité commune demeure possible.
Cette logique est aussi celle de la Genève internationale.
La force de Genève n’est pas que tout le monde y soit d’accord. Sa force est que tous puissent encore y entrer, s’y asseoir et s’y parler.
Le droit humanitaire, le CICR, les organisations internationales et les missions diplomatiques ne sont pas un décor prestigieux. Ils sont un instrument concret au service de la paix.
Mais cet instrument repose sur une ressource rare : la confiance.
Pour offrir de bons offices, il ne suffit pas de se déclarer disponible. Il faut être accepté comme tiers.
Il faut que les parties sachent que la Suisse ne sera pas perçue comme partie prenante d’un bloc politico-militaire.
Une neutralité à géométrie variable finit par affaiblir cette confiance. Et lorsque la confiance disparaît, Genève perd une partie de sa capacité d’action.
On nous dit parfois que la neutralité serait synonyme d’indifférence.
C’est faux.
La Suisse peut défendre le droit international, secourir les victimes, nommer les violations et soutenir l’action des Nations Unies. L’initiative maintient d’ailleurs les sanctions décidées par l’ONU.
Dire oui ne revient donc pas à absoudre un agresseur. Cela revient à préserver notre capacité d’agir demain comme médiateur, comme protecteur et comme canal de dialogue.
La neutralité n’est pas le silence moral. Elle est l’indépendance stratégique.
Elle est pacifique sans être désarmée.
Solidaire sans être alignée.
Ouverte sans être naïve.
Et plus le monde se divise, plus cette fonction devient nécessaire.
D’autres États assument des alliances. La Suisse peut assumer une responsabilité différente : préserver un passage entre les camps, accueillir une négociation, transmettre un message ou préparer les conditions d’une paix future.
Cela exige de la constance.
Voilà pourquoi cette initiative peut et doit rassembler bien au-delà de son point de départ politique.
On peut venir d’une tradition humanitaire, pacifiste, fédéraliste, libérale, sociale ou conservatrice et parvenir à la même conclusion :
la Suisse doit rester libre de ne pas entrer dans la logique des blocs.
Le 27 septembre, je vous appelle à voter OUI.
Nous ne voterons pas pour un parti. Nous voterons sur une fonction essentielle de l’État et sur la place que notre pays veut occuper au XXIe siècle.
Voter oui, c’est choisir une neutralité claire, durable et crédible.
Voter oui, c’est protéger la capacité de la Suisse à parler avec tous sans appartenir à personne.
Voter oui, c’est défendre la Genève internationale comme lieu de droit, de dialogue et de paix.
Voter oui, enfin, c’est transmettre aux générations futures un pays qui ne se laisse pas entraîner dans la logique de guerre, afin de conserver la capacité de rendre la paix possible.
La neutralité n’appartient à aucun parti.
Elle appartient à toute la Suisse.
Die Neutralität gehört keiner Partei. Sie gehört der Schweiz.
Je vous remercie.