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La prophétie qui annonçait la fin de la Suisse

Bruxelles impose sa loi, la Berne fédérale capitule et le peuple suisse est censé se taire et payer.

« La Suisse n’existe pas. » C’était la devise du pavillon suisse lors de l’Exposition universelle de Séville en 1992. Cette même année, le 6 décembre, le peuple suisse refusa d’adhérer à l’EEE.

Les années 1990 ont été un traumatisme identitaire en Suisse. Durant la première partie de la décennie, le taux de chômage dû à la crise économique remettait en question les préjugés d’un peuple riche et prospère. Puis, l’affaire des fonds juifs en déshérence secouait le récit national sur notre rôle durant la guerre et jetait le déshonneur sur notre pays.

C’est dans ce contexte que j’ai vécu mon enfance et mon adolescence. C’est dans ce contexte que je me suis forgé mon identité politique. Le récit que je lisais dans les médias et que j’entendais était un récit nihiliste. La Suisse appartenait au passé. L’Union européenne était le futur. « La Suisse n’existe pas », les politiciens l’affirmaient. Les médias le rapportaient. Les intellectuels le prophétisaient.

La Nati, heureusement

Seule notre équipe nationale de football – la génération des Chapuisat, Pascolo, Geiger, Bregy et Sforza qui s’était qualifiée pour la Coupe du monde 1994 et l’Euro 1996 – semblait capable de mettre du baume au cœur à ceux qui n’avaient pas encore voué la Suisse aux gémonies.

Mon engagement politique débuta au printemps 2000. J’avais 15 ans et j’avais cofondé un mouvement de jeunes rattaché à Pro Suisse. Nous battions le pavé pour mettre en garde contre l’accord sur la libre circulation des personnes sur lequel les Suisses votaient en mai 2000. Les accords bilatéraux étaient en principe la voie que nous préconisions. Adhésion à l’UE : non. Accords bilatéraux avec l’UE : oui (cela ne veut pas encore dire que chaque accord bilatéral est bon pour la Suisse, loin de là).

Il était évident que celui sur la libre circulation des personnes était dangereux et que les promesses d’une immigration modérée, comprise entre 8000 et 10 000 personnes par an, étaient une projection que seuls les naïfs pouvaient considérer comme sérieuse. Il fallait refuser cet accord ! Le peuple suisse en a malheureusement décidé autrement.

Sans drapeau suisse !

Dix ans après le pavillon de Séville, notre pays organisait son exposition nationale : Expo.02. J’ai visité les quatre sites (appelés arteplages). C’était une exposition étrange. On nous encourageait à célébrer la Suisse tout en nous suggérant de gommer son drapeau et son identité.

Le 1er août de cette année, l’organisation d’Expo.02 avait demandé qu’aucun drapeau suisse ne soit visible pour célébrer la Fête nationale. En réaction, les Jeunes UDC Vaud et Berne ont distribué gratuitement 2500 petits drapeaux suisses à l’entrée de l’arteplage de Bienne. J’y étais. En une demi-heure, nous avions distribué tous les drapeaux et avions fait échouer la volonté des organisateurs d’aliéner le drapeau suisse de la Fête nationale.

Etre Suisse était manifestement une honte

A mes 18 ans, en 2003, j’ai été interpellé par ce que je voyais et entendais. En résumé, toutes les cultures du monde étaient belles et se célébraient, toutes sauf la nôtre. Nous, les Suisses, on devait cacher notre drapeau. Etre Suisse était manifestement une honte. Pourquoi ? Je l’ignore encore aujourd’hui. Exposer son attachement à l’Europe ou à d’autres cultures était un signe d’ouverture et de progrès. En faire autant pour notre pays jetait sur nous le doute du racisme et de l’isolationnisme. N’a-t-on pas le droit – aujourd’hui aussi – d’affirmer que la culture et l’identité suisses sont au moins aussi belles que celles des autres ?

En prévision des débats sur l’initiative pour la durabilité et ceux à venir sur la neutralité et la soumission de la Suisse à la juridiction de l’Union européenne, il est juste de se le rappeler. Non seulement de se le rappeler, mais surtout de constater une chose : tous ceux (et ils étaient nombreux) qui prophétisaient la ruine et la fin de la Suisse après le vote de 1992 sur l’EEE ont eu tort. La Suisse est prospère, la Suisse est belle, la Suisse existe !

 

Chronique originale publiée dans Le Temps le 11.04.2026 :
https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/la-prophetie-qui-annoncait-la-fin-de-la-suisse

Kevin Grangier
Coordinateur romand de Pro Suisse
Noville (VD)

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