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Neutralité : le paradoxe du non de Micheline Calmy-Rey

À un mois jour pour jour du scrutin sur la neutralité, dans un article d’opinion, nous découvrions avec une grande déception que Micheline Calmy-Rey votera non. Y répondre par voie de média ? Impossible. Nous allons voir pourquoi.

Le 27 août à 6h33, je n’avais pas encore effacé les traces du passage du marchand de sable, si bien que j’ai cru encore rêver au moment de découvrir le texte d’opinion de Micheline Calmy-Rey paru dans Le Temps. Ma première réaction a été de vouloir y réagir sur le même canal, puis dans un autre journal. On m’a répondu « on a déjà eu 3 textes d’opinion favorables à la neutralité, c’est assez ». Plusieurs titres ont d’ailleurs tout bonnement ignoré les courriers de lecteurs qui leur ont été envoyés s’ils provenaient de partisans de l’initiative.

Maintenant, regardons ce que Micheline Calmy-Rey a écrit.

L’ancienne conseillère fédérale termine son article en regrettant que l’UDC ait lancé cette initiative. Déjà, il est important de préciser que c’est Pro Suisse qui a récolté les signatures et mené campagne. Mais on préfère marteler qu’il faut voter non à l’initiative de Blocher, parce qu’il a toujours été plus simple de tirer sur le messager que de démonter de bons arguments. La position des opposants est indéfendable, alors cette campagne est le terrain de nombreux coups bas et d’autant de contradictions.

Prenons l’exemple de la coopération militaire. Micheline Calmy-Rey commence par nous expliquer que l’initiative la restreindrait fortement.

Mais quelques lignes plus loin, elle reconnaît elle-même qu’il serait faux de dire que le texte interdit toute coopération militaire et qu’une marge d’interprétation subsiste.

Il faudrait savoir.

On commence par sortir l’épouvantail, puis on nous explique qu’il n’est finalement pas si effrayant. Cette campagne est un essaim de baudruches au soleil. À force de vouloir faire peur avec cette initiative, certains arguments finissent par se dégonfler tout seuls.

Peut-être Micheline Calmy-Rey aurait-elle préféré que cette question de neutralité ne soit jamais posée. Mais elle l’est désormais. On ne peut pas plus faire machine arrière qu’on ne peut remettre le dentifrice dans le tube.

Le 27 septembre, les Suisses devront choisir. Le texte soumis au peuple entend enfin inscrire dans la Constitution les principes d’une neutralité permanente et armée. Et puisque ce scrutin existe, voter non ne nous ramènera pas miraculeusement à la situation qui prévalait avant le lancement de l’initiative.

C’est même tout le paradoxe.

La neutralité suisse était déjà chancelante avant cette initiative. La reprise des sanctions européennes contre la Russie, l’intensification de la coopération avec l’OTAN et aujourd’hui, un Conseil fédéral qui se permet honteusement de faire campagne, ont de toute façon ruiné son image.

Alors oui, cette initiative comporte naturellement un risque : celui d’être rejetée. Et ce rejet pourrait alors être utilisé comme accélérateur par ceux qui souhaitent aller beaucoup plus loin dans la dissolution de ce qui fait la Suisse.

Micheline Calmy-Rey leur a trouvé un nom particulièrement efficace : les « Euro et OTAN turbos ».

Le paradoxe du non

Il y a donc quelque chose de contradictoire et schizophrénique dans le discours qui m’a filé mal au crâne à 6h33 de ce fameux matin.

Micheline Calmy-Rey vous invite à voter non à un renforcement de la neutralité, mais attention, il ne faudrait surtout pas que ce non soit interprété comme un affaiblissement de la neutralité.

En gros, votez non, mais pas trop fort.

Votez non, mais espérons que les partisans d’un rapprochement avec l’OTAN n’y voient pas un feu vert.

Votez non, mais expliquons ensuite au monde entier que nous sommes toujours aussi neutres qu’avant.

Alors que notre société parle plus que jamais de consentement, on devrait finalement considérer qu’il y a des « non » qui veulent un peu dire oui.

Micheline Calmy-Rey et moi partageons au moins une conviction : un rejet massif de l’initiative pourrait accélérer une évolution que nous ne souhaitons ni l’une ni l’autre.

Elle en conclut qu’il aurait mieux valu ne jamais voter. J’en conclus que, puisque nous allons voter, il vaut mieux envoyer un message que personne n’aura besoin de traduire.

On connaît bien la formule « Servir et disparaître ». Elle rappelle que la fonction compte davantage que celui qui l’occupe et que servir son pays ne consiste pas à se servir de lui. Nombreux sont ceux qui l’oublient dans cette campagne.

Pour notre neutralité, je serais tentée de détourner la devise.

Servir ou disparaître. Car renoncer à la neutralité, ce ne serait pas changer de politique étrangère. Ce serait perdre la singularité de la Suisse, son rôle pour la paix dans le monde.
Ce serait changer de pays (comme je l’ai écrit dans mon précédent article).

C’est pourquoi le 27 septembre, je voterai OUI !

– Lena Rey, journaliste RP